Ce film nous plonge dans l'univers du féminin Une fratrie de jeunes filles quitte l'école: c'est la fin de l'année, la plus jeune est effondrée et quitte douloureusement son institutrice. Sur le chemin du retour au domicile de celle qui les élève, leur grand mère, passant par la plage, elles se livrent à des jeux dans les vagues. Hissées sur les épaules de leurs amis masculins, elles s'empoignent pour se faire choir dans l'eau, toutes habillées. On les perçoit puissantes et engagées physiquement, combatives, et comme les crinières des chevaux sauvages, leurs cheveux flottent au soleil. Le village s'émeut de ces jeux car ils offensent la pudeur de ceux qui les accusent d'avoir "frotté leur sexe sur la nuque des garçons", propos qui jaillit crument dans cet univers d'insouciance.

L'oncle des jeunes filles surgit alors pour remettre ce qu'il appelle de l'ordre, son ordre. Il interdit l'école .

Il veut les enfermer sous pretexte de préserver leur virginité et le film dénonce ce que cet enfermement peut permettre de mise en jeu de la perversité.

Suivent les processions successives de mariage dans lequel la réalisatrice nous permet de saisir combien les jeunes garçons pas plus que les jeunes filles n'ont pas leur mot à dire. Seulement voilà, nous suivons ces filles, concaténées pour garder leur subjectivité. Dans cet univers qui se réduit de jour en jour chacune trouve à se rebeller y compris tragiquement.

La plus jeune est la plus avertie et l'on comprend mieux ce que signifiait la douleur de la séparation d'avec son institutrice. L'école est maintenant interdite...arrivent les présentations aux familles des jeunes filles à marier ...mais cette jeune fille maintien sa rebellion à ces arrangements entre familles, et on peut supposer que les appuis qu'elle trouve afin de ne pas laisser l'enfermement se clore sur ses désirs la maintiennent éveillée.

Les jeunes filles se soutiennent mutuellement mais elle est la plus déterminée à ne pas se laisser domestiquer. Cette rebelle pousse chacune de ses soeurs à prendre la parole d'une façon ou d'une autre pour ne pas se laisser imposer un choix qui ne serait pas le sien. Ce mouvement les atteint successivement mais pour ce qui la concerne chacun de ses actes vient s'y opposer pas à pas.

C'est elle qui trouve à rencontrer un autre secourable, et les moyens necessaires pour parvenir à ses fins. Chaque instant semble devenir une marche contre la fatalité et toute chose susceptible de participer à son "plan" est espérée. Elle pourra peut être, on le suppose à la fin du film, démasquer aussi les maltraitances. Elle va peut être ainsi demasquer le réel auquel la famille semblait contrainte et ce, grace à la fermeté de sa position et à la justesse de son désir.

Elle met en jeu la féminité comme pas tout, comme ce qui échappe et fait qu'une subjectivité puisse s'opposer à un universalisme dévastateur.

Comment Deniz Gamze Ergüven a t elle trouvé on inspiration? Dans un entretien accordé à l'émission "Un autre jour est possible" sur France culture, elle dit son attachement à la France où elle a fait ses études et à la Turquie d'où elle est partiellement originaire. Elle raconte avoir assisté à ce type de changement dans la vie de jeunes filles, en être restée sidérée.

De ce moment de sidération elle a tiré cette très belle réalisation.